La monte du cash en Tunisie : Symptôme d’un système financier sous tension

1. Contexte : la montée du cash

En Tunisie, malgré les efforts pour promouvoir les paiements électroniques et la banque digitale, l’usage du cash continue de croître, surtout depuis les dernières années. Cette tendance est paradoxale, car dans la plupart des économies modernes, le recours aux cartes et aux applications de paiement devrait augmenter avec la digitalisation.

Cette montée du cash peut être vue comme un symptôme d’un système financier sous tension, où la confiance dans les institutions bancaires et le système monétaire est limitée.


2. Causes principales de cette montée

a) Inflation et perte de pouvoir d’achat

  • L’inflation persistante pousse les citoyens à préférer le cash pour contrôler leurs dépenses et éviter les fluctuations bancaires.
  • Le cash est perçu comme tangible et immédiatement utilisable, contrairement à l’argent électronique qui peut sembler abstrait ou sujet aux frais et aux limitations.

b) Méfiance envers les banques et l’État

  • Les crises économiques récentes ont fragilisé la confiance des citoyens.
  • Certains préfèrent retirer leurs fonds et les garder en espèces pour se protéger contre une éventuelle dévaluation ou gel bancaire.

c) Dépendance à l’économie informelle

  • Une grande partie des transactions économiques se fait encore hors du système bancaire, surtout dans les petites entreprises, le commerce local et le secteur informel.
  • Ces activités exigent souvent des paiements en espèces, ce qui entretient la circulation de billets et de pièces.

d) Faible adoption des services digitaux

  • Les infrastructures numériques et bancaires sont parfois inaccessibles ou peu fiables, notamment dans les zones rurales.
  • La population, notamment les plus âgés, reste attachée au cash par habitude et par confort.

3. Conséquences pour le système financier

La montée du cash n’est pas seulement une question pratique ; elle reflète un système financier en tension, avec des impacts significatifs :

  1. Moindre efficacité monétaire : la Banque centrale a moins de contrôle sur la masse monétaire et la politique monétaire devient moins efficace.
  2. Risque pour la stabilité bancaire : les retraits massifs de cash peuvent fragiliser les banques, surtout en période de crise.
  3. Limitation de l’inclusion financière : l’économie numérique reste marginale, et une grande partie de la population est exclue des services bancaires modernes.
  4. Renforcement de l’économie informelle : le cash favorise les transactions non déclarées, réduisant les revenus fiscaux et limitant les investissements publics.

4. Les solutions possibles

Pour atténuer cette montée du cash et renforcer le système financier, plusieurs mesures peuvent être envisagées :

  1. Renforcer la confiance dans les banques et la monnaie : transparence, stabilité et communication efficace sur la sécurité des dépôts.
  2. Développer l’inclusion financière : créer des comptes accessibles, simples et peu coûteux pour tous, même dans les zones rurales.
  3. Promouvoir le digital de manière progressive : campagnes de sensibilisation sur les paiements électroniques, systèmes de portefeuilles mobiles et incitations à utiliser des moyens digitaux.
  4. Encadrer l’économie informelle : faciliter l’intégration des petites entreprises dans le système légal et bancaire.

5. Conclusion

La montée du cash en Tunisie est un signal d’alerte pour le système financier. Elle traduit un mélange de méfiance, d’inflation, de dépendance à l’économie informelle et de limites dans la digitalisation bancaire.

Une transition réussie vers une économie plus digitale nécessitera donc non seulement des outils technologiques, mais surtout de la confiance, de l’éducation financière et un accompagnement des citoyens et des entreprises dans ce changement.